Le fonds privé Capiva Plus, par l’intermédiaire duquel les clients d’Auréus et de SemmieWealth investissaient dans ces gestionnaires d’actifs, reconnaît avoir commis des erreurs de gouvernance et de reporting. Sous son nouveau nom, Valeris Capital, le fonds géré par des Belges espère prendre un nouveau départ et rétablir la confiance auprès des deux gestionnaires d’actifs néerlandais.
« Il y a effectivement eu de graves problèmes de communication avec les investisseurs néerlandais », reconnaît Jan Cant, l’un des administrateurs de CP Management, le general partner de Capiva Plus, lors d’un entretien avec Investment Officer. « Et bien entendu, nous sommes également désireux d’améliorer la gouvernance du fonds. C’est dans l’intérêt de toutes les parties concernées », déclare l’avocat de Knokke.
Il annonce plusieurs mesures. CP Management sera remplacé avec effet immédiat en tant que general partner, et M. Cant fera également partie du nouveau gestionnaire. Une initiative est prévue pour attirer un public d’investisseurs plus diversifié, et une nouvelle structure sera mise en place pour donner aux investisseurs davantage de voix dans les futurs investissements du fonds.
Un rebranding complet doit parachever ce nouveau départ : Capiva Plus devient Valeris Capital. « Nous avons choisi un véhicule disponible. Il fallait agir rapidement. »
Différentes casquettes
L’ancien gestionnaire de fonds M. Mathias V., la figure clé belge dans l’enquête des autorités de surveillance néerlandaises sur les pratiques trompeuses d’Auréus et de SemmieWealth, ne reviendra certainement pas au fonds luxembourgeois, ni à aucune des autres entités affiliées, déclare M. Cant.
Et elles sont nombreuses. Capiva Plus est un actionnaire majoritaire de l’acteur immobilier gantois License to Construct, dont V. est actionnaire. Le fonds détient également des participations minoritaires dans l’investisseur suisse Quaestor Coach et dans la société luxembourgeoise liée Capital Coach. Dans ces deux sociétés d’investissement, V. occupait des fonctions importantes.
Ce sont ces dernières participations qui soulèvent de sérieuses questions, car Quaestor Coach est une boutique de capital-investissement qui prend des participations dans des gestionnaires d’actifs au Benelux et en Suisse, et son portefeuille comprend notamment… Auréus et SemmieWealth. Par l’intermédiaire d’Auréus et de SemmieWealth, des investisseurs néerlandais ont ainsi investi indirectement auprès des mêmes gestionnaires d’actifs dont ils sont clients.
Au cours des dernières années, Mathias V. a occupé des postes à tous les niveaux de la chaîne d’investissement : conseiller en acquisitions chez Auréus et SemmieWealth, gestionnaire de fonds chez Capiva Plus, responsable des acquisitions chez Quaestor Coach (Suisse) et Capital Coach (Luxembourg), et responsable des acquisitions et coactionnaire de la société immobilière License to Construct.
Pas de muraille de Chine
Il n’y avait absolument pas de muraille de Chine, ce qui accentuait tous les risques de conflits d’intérêts. « Mathias était impliqué dans tout », confirme M. Cant au sujet de son ancien associé. « Il faut comprendre que cette situation s’est également développée au fil du temps. Nous avons commencé modestement, et à chaque fois, de nouvelles activités ont été ajoutées. »
Jan Cant est lui-même également directeur de Quaestor Coach, qui n’a d’ailleurs rien à voir avec son homonyme de Flandre occidentale, Quaestor Vermogensbeheer.
Les entreprises de l’écosystème sont très étroitement liées les unes aux autres. Le 1er janvier 2022, Capital Coach a fermé sa succursale belge située à la Zuiderlaan, à Gand. License to Construct est désormais installée à la même adresse.
M. Cant déclare qu’il a « toujours apprécié travailler avec Mathias », mais précise que V. a commis des erreurs sur le marché néerlandais, « dont il était responsable ». M. Cant déclare qu’il a « modifié certains éléments dans les rapports destinés aux clients néerlandais, ce qui a pu donner lieu à des interprétations erronées. Chez CP Management, nous ne savions pas non plus qu’il avait déjà été condamné aux Pays-Bas pour escroquerie d’investisseurs, comme cela a été révélé récemment. »
Investir en soi-même
Cette affaire soulève également une question plus fondamentale : est-il vraiment judicieux que les gestionnaires d’actifs investissent en eux-mêmes ? Pour sa part, M. Cant n’y voit aucun problème. « Les grandes banques le font aussi dans leurs fonds, n’est-ce pas ? Seulement, le poids des actions propres dans ces fonds est moindre. S’il y a suffisamment de transparence, je ne vois pas où est le problème. »
Auréus et SemmieWealth ont investi environ 280 millions d’euros de fonds de clients dans Capiva Plus, a révélé Het Financieele Dagblad, ce qui représente une part de plus de 90 %. Cette concentration est trop élevée, reconnaît M. Cant. D’où l’initiative d’élargir le public des investisseurs.
N’y a-t-il donc pas eu de profondes dissensions entre Auréus et SemmieWealth, d’une part, et l’écosystème de Capiva Plus et de Quaestor Coach, d’autre part ? M. Cant déclare « ne pas percevoir d’hostilité » et souligne que, pour autant qu’il puisse en juger, Auréus et SemmieWealth ont agi en toute bonne foi. En revanche, il ne peut pas en dire autant de Mathias V.
Le rebranding doit permettre de prendre un nouveau départ dans la relation avec les gestionnaires d’actifs néerlandais. « En fin de compte, le fonds lui-même ne pose aucun problème. Ses performances sont bonnes, et toutes les sociétés sous-jacentes réalisent des bénéfices. Dans ce dossier, tout le monde a le même objectif : défendre au mieux les intérêts du client. »