Jeroen Blokland
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Depuis le début de l’année, le prix du cuivre a augmenté de plus de 20 %. Dr Copper (Docteur Cuivre) nous déclare donc haut et fort qu’aucune récession n’est en vue. Vraiment ?

Depuis des décennies, Dr Copper est considéré comme un bon indicateur de la santé de l’économie. En effet, le cuivre est omniprésent : dans les maisons et autres constructions, les véhicules électriques et l’électronique, bien sûr, mais aussi dans les moteurs spatiaux, les usines de dessalement, les distilleries de whisky et même les instruments de musique. Ce métal cyclique devrait donc pouvoir nous renseigner concernant les développements économiques à venir.

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Les données historiques étayent la théorie selon laquelle le cuivre constitue un baromètre économique fiable. De nombreuses études indiquent qu’en adoptant une certaine flexibilité dans l’analyse, une corrélation positive peut être établie entre le prix du cuivre et l’évolution (future) du PIB.

À la lumière de ces études, la flambée des cours du cuivre invite donc à la prudence : une récession à court terme s’esquisse-t-elle vraiment ?

Perturbations

Si seulement c’était aussi simple… Au fil des années, la relation entre la croissance économique et le cours du cuivre s’est estompée, et notre « ami » d’outre-Atlantique l’a même profondément perturbée.

La guerre commerciale 2.0 menée par Donald Trump ainsi que sa politique particulièrement volatile en matière de tarifs douaniers à l’importation jouent désormais un rôle prépondérant dans la fixation du prix du cuivre et d’autres métaux. À la différence du pétrole, les États-Unis restent largement dépendants des importations de cuivre en provenance de l’étranger.

Donald Trump a donc promulgué un décret soulignant le rôle crucial du cuivre pour la sécurité nationale et la stabilité économique des États-Unis. Ce texte charge également le ministère du Commerce d’étudier l’impact des importations de cuivre sur la sécurité nationale. Cette étude pourrait, à son tour, déboucher sur de nouveaux tarifs douaniers à l’importation. Cette épée de Damoclès (en cuivre) provoque des perturbations sur le marché, rendant moins lisible l’influence des facteurs traditionnels d’offre et de demande sur le prix.

Spéculation

Pour les spéculateurs, ce décret est une véritable aubaine. L’introduction de nouveaux tarifs douaniers renchérirait le cuivre importé aux États-Unis, tout en ouvrant la porte à des opportunités d’arbitrage. En effet, les traders et les spéculateurs exploitent les écarts de prix entre le London Metal Exchange (LME) et le marché américain Comex en expédiant du cuivre vers les États-Unis.

Selon Vontobel et d’autres analystes, cette dynamique a déjà creusé l’écart de prix entre ces marchés. Ce dernier s’établissait à 240 dollars la tonne à l’arrivée de Donald Trump, et atteint environ 700 dollars aujourd’hui. Sur la base du prix actuel du cuivre (environ 11 000 dollars à Londres), cela représente une hausse de quelque 5 %. Une partie –  mais certainement pas la totalité – de l’augmentation du prix du cuivre découle des décisions de Donald Trump plutôt que de la conjoncture économique.

En temps normal, c’est vers la Chine qu’il faut se tourner pour analyser l’évolution du cours du cuivre – non seulement en raison de son immense marché immobilier, mais aussi de l’essor des véhicules électriques.

Bloomberg a récemment publié un article intitulé Cheap Chinese Cars Are Taking Over Roads Around the World (Les voitures chinoises bon marché envahissent les routes du monde entier). Cependant, si ce secteur se porte bien, ce n’est pas le cas du marché immobilier chinois : les prix de l’immobilier ont reculé durant 40 des 43 derniers mois.

Le consommateur chinois reste résolument morose, ce qui ne favorise pas vraiment les dépenses extravagantes. Néanmoins, je pense que nous ne devrions pas reléguer totalement au second plan le pouvoir prédictif du cuivre. Associé à une série d’autres indicateurs macroéconomiques, il me conforte dans l’idée que le risque d’une récession aux États-Unis demeure limité.

De plus, comme je l’écrivais la semaine dernière, un léger ralentissement économique n’est pas pour déplaire à Donald Trump : lui et ses collègues y voient une occasion idéale de pointer Joe Biden du doigt.

Dans sa newsletter The Market Routine, Jeroen Blokland analyse des graphiques actuels qui reflètent certains aspects frappants macro-économiques et des marchés financiers. Il gère également le fonds Blokland Smart Multi-Asset, qui investit en actions, or et bitcoin.

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