De plus en plus d’investisseurs s’intéressent à d’autres produits que les actions et des obligations et investissent dans des actifs alternatifs auxquels ils sont également attachés émotionnellement. Investment Officer énumère quelques investissements passion. Aujourd’hui, quatrième partie : la céramique.
L’investissement dans l’art est généralement associé à la peinture, mais il existe d’autres supports auxquels les amateurs d’art consacrent leur cœur, et parfois leur portefeuille. L’un de ces supports est la céramique, un marché de niche qui gagne en popularité et qui a également son propre salon international dans notre pays, Ceramic Brussels, organisé chaque année en janvier depuis 2024.
Le sponsor principal, la banque privée Puilaetco, a organisé pour la première fois plusieurs visites pour ses clients lors de la dernière édition. Ces derniers ont pu constater que les céramiques sont bien plus que des pots en terre cuite ou des assiettes en porcelaine fabriqués à la main.
« Les personnes qui découvrent la céramique contemporaine pour la première fois sont souvent stupéfaites par la créativité des artistes et par tout ce qu’il est possible de faire avec de l’argile. L’aspect innovant de cette discipline explique l’intérêt croissant des collectionneurs, des galeries et des musées », explique Sophie Clauwaert, conseillère en art chez Puilaetco.
De l’objet utilitaire à l’art
« La céramique existe depuis des milliers d’années, il suffit de penser à l’Égypte ancienne. Pourtant, il s’agit d’un art relativement nouveau. En effet, pendant des siècles, la céramique a été considérée avant tout comme un objet utilitaire – par exemple, une casserole pour cuisiner – et moins comme une forme d’art. »
« Avec les œuvres en céramique de Pablo Picasso, les choses ont changé au XXe siècle. Dans le sillage de ses peintures, ses céramiques ont également été considérées comme de l’art. D’ailleurs, il n’a pas réalisé ces œuvres en céramique tout seul. Il s’agit souvent de séries que ses collaborateurs de studio ont en grande partie réalisées. »
Ce n’est pas négligeable pour ceux qui considèrent la céramique comme un élément du patrimoine familial : le format des œuvres d’art est généralement pratique pour les transmettre aux enfants ou aux petits-enfants. Dès le salon de la céramique de Bruxelles, il est apparu que les œuvres monumentales et massives sont également réalisées avec de l’argile cuite. Autre tendance : la combinaison de l’argile cuite avec d’autres matériaux, tels que les textiles, la pierre et le verre. Cela indique que les frontières entre la céramique et d’autres formes d’art – telles que la sculpture, les installations ou l’architecture – s’estompent.
Abordable
Les céramiques sont encore raisonnablement abordables en tant qu’investissement artistique. À Ceramic Brussels, les prix se situaient entre 5000 et 200 000 euros et, dans les grandes ventes aux enchères internationales, les évaluations restent encore bien en dessous du million d’euros. En novembre dernier, par exemple, un chef-d’œuvre de Picasso, le Tripode de 1951, a été vendu aux enchères chez Christie’s pour 350 000 euros. On est loin des prix parfois astronomiques proposés pour les plus grandes œuvres de la peinture.
Illustration : lors de la vente aux enchères de Christie’s en novembre 2025, certaines œuvres de Picasso ont été vendues bien au-delà de leur prix estimé, l’œuvre Tripode étant la plus chère :
Valeurs établies
À l’instar d’un investisseur en capital-risque, pouvez-vous investir dans le futur Picasso et acheter des céramiques prometteuses, en espérant qu’elles atteindront des prix élevés dans quelques décennies ? « C’est compliqué, répond Mme Clauwaert. Il est presque impossible de prédire quel artiste aura ce statut. Il est tout aussi probable que l’artiste en question sera déjà complètement oublié d’ici là. »
« Ce qui est vrai pour l’art en général l’est aussi pour la céramique. Seuls les noms établis ont une valeur stable et les prix sont quelque peu prévisibles. Parmi les jeunes artistes des segments de prix inférieurs, l’évolution des prix est beaucoup plus imprévisible. C’est là que l’on parle vraiment d’investissement passion : vous achetez l’œuvre parce que vous l’aimez, et non parce que vous espérez en tirer profit un jour. »
JJ.P. Morgan : les prêts garantis par des œuvres d’art gagnent du terrain
« Après l’euphorie des années de pandémie, le marché de l’art s’est assagi. Les collectionneurs sont plus sélectifs et les prix des œuvres d’art les plus prestigieuses se stabilisent », selon J.P. Morgan Private Bank, le sponsor de la TEFAF, la foire d’art mondialement connue de Maastricht qui se tient du 14 au 19 mars. J.P. Morgan observe également un passage de témoin entre générations et un élargissement des goûts, ce qui entraîne une évolution des produits achetés.
Dans un marché illiquide par définition, la liquidité devient un facteur important, note la banque privée. « Les collectionneurs veulent de plus en plus de liquidité, mais sans vendre les œuvres qui définissent leur collection. Emprunter avec des œuvres d’art en garantie permet de libérer du capital, tout en préservant la collection à long terme. »
La banque se réfère à un rapport du consultant Deloitte qui prévoit que l’encours des prêts garantis par des œuvres d’art augmentera de 11 % dans le monde cette année. « Ce faisant, les clients utilisent le financement d’œuvres d’art non seulement pour l’achat de nouvelles œuvres, mais aussi pour des investissements d’entreprise, la repondération de portefeuilles d’investissement et la planification de successions et de patrimoines », explique-t-on chez J.P. Morgan.
Prochainement, le volet 5 : les pigeons.