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Après la montée en puissance des fonds de défense avec des actions cotées et des obligations, des termes tels que souveraineté européenne, défense et autosuffisance sont de plus en plus fréquents dans les argumentaires de vente des fonds de capital-investissement.

Sam Desimpel, fondateur de Top Tier Access (TTA), un fonds de fonds qui collecte des capitaux auprès de riches familles belges et investit dans des fonds de capital-investissement en Europe et en Amérique du Nord, soulignait la récurrence de ces concepts la semaine dernière au salon du capital-investissement IPEM à Cannes.

Le troisième « D »

Sam Desimpel
Sam Desimpel

« Depuis quelque temps, on parle des trois D comme des mégatendances : la digitalisation (numérisation), la décarbonisation et la déglobalisation. Mais d’après mon expérience, ce troisième D, la déglobalisation, est vraiment en progression cette année et peut officiellement être qualifié de tendance majeure. Vous le constatez dans les présentations des fonds européens, par exemple. On parle notamment de renforcer l’économie et l’autonomie européennes. Il y a cinq ans, on n’entendait pas ces thématiques. »

Sur la scène de l’IPEM, Sophie Paturle, présidente de la société française de capital-investissement France Invest, a notamment souligné « le rôle essentiel que jouent les marchés privés dans le financement de la souveraineté européenne ».

Le capital-investissement suit donc la tendance observée précédemment dans les fonds d’actions cotées et les initiatives gouvernementales. Belfius AM a lancé son fonds Equities European Autonomy le mois dernier, emboîtant le pas à des acteurs comme BNP Paribas AM l’année dernière. Le Grand-Duché de Luxembourg a levé 150 millions d’euros par l’émission d’une obligation souveraine le mois dernier pour investir dans la défense. Ces obligations de défense ont été vendues en moins d’une journée.

Le retour de l’industrie ?

Des milliers de fournisseurs gravitent autour des géants européens de la défense tels que Thales ou Dassault. Ces fabricants de composants spécialisés, souvent inconnus du public, attirent désormais l’attention des fonds de capital-investissement. « Nous constatons qu’un certain nombre de fonds lancent de nouvelles stratégies axées spécifiquement sur la défense en général », déclare M. Desimpel. 

« Ce qui est frappant, c’est que si les accords d’actionnaires d’il y a cinq ans contenaient souvent des exclusions explicites en matière de défense, ces clauses ont depuis discrètement disparu ou ont été fortement diluées », déclare le fondateur de TTA, qui souligne également l’impact indirect sur l’industrie européenne dans son ensemble.

« C’est peut-être à ce moment-là que les valeurs industrielles vont à nouveau surperformer en termes de rendement. »

Sam Desimpel, fondateur de Top Tier Access

« Si l’on commence à construire davantage de chars en Allemagne, cela aura un effet positif sur les constructeurs de machines, puis sur les fournisseurs de ces constructeurs. C’est pourquoi, chez TTA, nous parions à nouveau sur l’industrialisation. C’est peut-être à ce moment-là que les valeurs industrielles vont à nouveau surperformer en termes de rendement. Les principaux secteurs d’activité de ces dix dernières années ont été les logiciels et la santé.  Cependant, je me sens plus à l’aise pour investir dans les produits industriels aujourd’hui qu’il y a cinq ans, par exemple, et je rechercherai également ce secteur de manière plus active dans nos portefeuilles. » 

Chaînes d’approvisionnement locales

Ce que les fonds de capital-investissement européens surveillent de très près, c’est la mesure dans laquelle une entreprise de leur portefeuille peut s’appuyer sur une chaîne d’approvisionnement locale, poursuit M. Desimpel.

Une entreprise industrielle trop dépendante des composants chinois risque de tomber en disgrâce, et un fonds ayant un intérêt historique dans une telle entreprise tentera de réduire sa participation, au risque de perdre fortement en valeur. « Je ne peux pas dire qu’il s’agit d’une tendance totalement nouvelle, mais je n’ai jamais vu une évolution aussi rapide. » 

D’un autre côté, on a pu entendre à Cannes qu’une stratégie d’investissement unilatérale américaine pourrait être trop risquée. L’Europe retrouve donc une place plus de choix dans les décisions d’allocation des actifs. « Le jour de la Libération, marqué par les droits de douane imposés par Donald Trump, a mis en évidence la nécessité d’une diversification internationale », a indiqué Jennifer Collard, du géant londonien du capital-investissement Permira.

Investisseurs institutionnels du Benelux : plus de marchés privés, moins de marchés américains
Une récente enquête menée auprès de 800 investisseurs institutionnels par le gestionnaire de fonds Nuveen a abouti à des conclusions très similaires. Dans cette enquête, la déglobalisation et la montée du nationalisme économique apparaissent comme la troisième mégatendance la plus importante pour les cinq prochaines années, après l’intelligence artificielle et la transition énergétique.
Parmi les investisseurs institutionnels du Benelux, cette combinaison de mégatendances se traduit par un repositionnement de portefeuille, avec une nette accélération vers les marchés privés et une rotation des investissements immobiliers des États-Unis vers l’Europe, selon l’enquête.
« Cette rotation s’inscrit dans un recentrage plus large sur la diversification régionale et la stabilité politique, car la fragmentation géopolitique et les conflits commerciaux sont perçus comme étant plus structurels », indique-t-on chez Nuveen.
Quelque 45 % des personnes interrogées au Benelux s’attendent à ce que les droits de douane et les développements géopolitiques aient un impact durable sur la politique d’investissement.

 

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