Swiss banknotes. Photo: Pixabay.
Swiss banknotes. Photo: Pixabay.

La forte hausse du franc suisse dans le sillage des attaques menées par les États-Unis et Israël contre l’Iran remet à l’ordre du jour une question considérée comme close depuis des années : le taux d’intérêt négatif en Suisse.

La Banque nationale suisse (BNS) a effectué une intervention verbale lundi après la forte hausse du franc par rapport à l’euro. La devise helvétique s’est en effet rapprochée des niveaux atteints lors du choc du franc en 2015.

Dans un communiqué, la BNS a fait référence aux « récents développements internationaux » qui ont renforcé sa volonté d’intervenir sur le marché des changes. En outre, la banque centrale s’est déclarée « prête à intervenir sur le marché des changes pour contrer une appréciation rapide et excessive du franc suisse qui menace la stabilité des prix en Suisse ».

L’euro est tombé à 0,9037 franc au début des échanges, son niveau le plus faible depuis janvier 2015. Après la déclaration de la BNS, la monnaie s’est redressée pour atteindre environ 0,9119 franc.

Taux directeur à zéro, marché déjà légèrement négatif

Depuis juin dernier, le taux directeur officiel de la BNS est de 0,00 %. Pourtant, le marché monétaire cote déjà en dessous de zéro. Le Swiss Average Rate Overnight (Saron), principal taux d’intérêt de référence pour le franc suisse, a oscillé autour de -0,08 % à la fin de la semaine dernière.

Le Saron est publié quotidiennement par la SIX Swiss Exchange et reflète le coût des prêts garantis au jour le jour entre banques sur le marché suisse des pensions. Le taux d’intérêt est au cœur du système financier suisse : il affecte la courbe des taux, la position de liquidité des banques et la transmission de la politique monétaire.

Le taux d’intérêt négatif comme ultime remède

Nadia Gharbi, économiste senior chez Pictet Wealth Management, estime que l’intervention verbale de lundi pourrait n’être qu’une première étape si les tensions géopolitiques continuent de s’aggraver.

« La BNS a réitéré sa volonté d’agir contre une appréciation rapide et excessive du franc, même sous la pression du gouvernement américain, écrit-elle. Le seuil de réintroduction des taux directeurs négatifs est élevé ; la BNS n’envisagerait cette option que dans un scénario plus défavorable, par exemple si l’économie mondiale entre en récession et que le franc se renforce encore, ce qui nécessiterait un assouplissement monétaire supplémentaire. »

La référence au taux d’intérêt négatif est révélatrice. La Suisse a pratiqué des taux d’intérêt directeurs négatifs pendant des années pour freiner les entrées de capitaux et la vigueur excessive de sa monnaie. Un retour à cet instrument indiquerait une pression monétaire continue ainsi qu’une détérioration de l’environnement économique mondial.

Pression sur l’inflation et les exportations

Christian Schulz, économiste en chef chez Allianz Global Investors, estime que la récente hausse du franc accentue la pression sur l’inflation et nuit à la compétitivité de l’industrie suisse, même si les ménages bénéficient d’importations moins chères.

« Une nouvelle appréciation n’est clairement pas souhaitable pour la BNS, a déclaré M. Schulz à Investment Officer. Si les interventions sur le marché des changes peuvent atténuer les fluctuations brutales, une appréciation prolongée et substantielle du franc pourrait même contraindre la BNS à envisager des baisses de taux, malgré le seuil très élevé pour un retour aux taux négatifs. »

L’euro en berne, le dollar prisé

Dans le même temps, l’euro s’est affaibli, tandis que le dollar américain s’est renforcé. Selon les analystes, cela reflète non seulement les flux de capitaux vers les valeurs sûres, mais aussi la sensibilité relative de l’Europe aux prix de l’énergie. Lundi, les contrats à terme néerlandais sur le gaz TTF pour livraison en avril ont augmenté de près de 50 %, pour atteindre 47 euros par MWh.

Depuis le remplacement du gaz russe acheminé par gazoduc par des importations mondiales de GNL, l’UE est devenue plus dépendante des voies d’approvisionnement maritimes et du commerce de l’énergie au prix du dollar. En 2025, l’UE a importé plus de 140 milliards de mètres cubes de GNL, dont près de 58 % en provenance des États-Unis, selon les chiffres du groupe de réflexion Bruegel, basé à Bruxelles.

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