De plus en plus d’investisseurs s’intéressent à d’autres produits que les actions et des obligations et investissent dans des actifs alternatifs auxquels ils sont également attachés émotionnellement. Investment Officer énumère quelques investissements passion. Aujourd’hui, cinquième volet : les pigeons.
Les meilleurs pigeons s’échangent régulièrement pour des centaines de milliers d’euros et, lors de ventes aux enchères internationales, les montants grimpent parfois jusqu’à plusieurs millions. Mais selon Pascal Ariën, l’un des colombophiles belges les plus couronnés de succès de ces dernières décennies, investir dans les pigeons ne se résume pas qu’à l’argent. « Vous n’investissez pas seulement dans un animal, mais aussi dans des connaissances, une stratégie et une collaboration. »
Pour M. Ariën, la colombophilie est une passion de toujours qui a débuté dès l’enfance, car il a grandi entouré de pigeons. Tandis que ses parents travaillaient de longues journées, il passait beaucoup de temps chez ses grands-parents dans le Limbourg. Son grand-père était un ancien mineur qui, avec le père de M. Ariën, avait commencé à élever des pigeons.
« Après l’école, je passais souvent du temps avec les jeunes pigeons, dit-il. Le dimanche matin, nous écoutions les lâchers à la radio et nous attendions dans le jardin que les premiers pigeons rentrent à la maison ».
Les meilleurs résultats
Cette fascination s’est encore accrue lorsque M. Ariën a découvert, dans le grenier d’un autre grand-parent, de vieux trophées appartenant à un aïeul qui s’était déjà illustré dans la colombophilie juste après la Seconde Guerre mondiale. « Je n’oublierai jamais ce moment au grenier. C’est là que j’ai réalisé que je voulais moi aussi obtenir un jour des résultats les meilleurs résultats. »
Après des années d’expérimentation, d’apprentissage et de collaboration avec des amateurs chevronnés, M. Ariën est devenu une valeur sûre de la colombophilie internationale. Il a notamment décroché des titres de champion national et des dizaines de victoires provinciales. Ses colonies ont produit plusieurs pigeons iconiques, tels qu’Olympic Wacko et, plus tard, le couple Wacko Freddy x Lieve.
Aujourd’hui, il est impliqué dans divers projets couronnés de succès, dont le projet PEC et l’équipe internationale Kaier. Au total, ses pigeons ont remporté plus de quatre-vingts victoires provinciales et plusieurs victoires nationales. Impressionnant, mais comment un tel sport se traduit-il en investissement ?
Comment investir
Les investisseurs professionnels intéressés par le secteur peuvent s’y prendre de plusieurs manières, selon M. Ariën. Souvent, les maisons de vente aux enchères spécialisées ou des courtiers font office d’intermédiaires et mettent en contact les acheteurs et les vendeurs internationaux.
« Si vous investissez dans un pigeon, choisissez aussi le bon partenaire pour les concours »
Pascal Ariën, colombophile de haut niveau
« Vous travaillez alors avec un colombophile qui soigne les pigeons et participe aux concours. Dans de nombreux cas, un partenariat se met en place : l’investisseur achète les pigeons et le colombophile est responsable des soins, de l’entraînement et des concours. Bien entendu, le colombophile doit également être rémunéré correctement et peut, par exemple, obtenir une part des résultats des ventes. »
Stratégie
Selon M. Ariën, un investissement dans les pigeons commence toujours par une stratégie claire. « Investir dans les pigeons, c’est investir dans les oiseaux eux-mêmes, mais aussi dans les connaissances et les compétences d’un colombophile. Vous ne pouvez réussir que si vous vous entourez d’un colombophile expérimenté et que vous élaborez ensemble une stratégie. »
Une telle stratégie détermine, entre autres, les concours ciblés. Selon lui, des choix cruciaux doivent être faits au préalable. « Vous devez décider de l’objectif à atteindre : vitesse, demi-fond, fond ou, par exemple, les One Loft Races internationales. »
L’investisseur et le colombophile doivent également décider ensemble du nombre de pigeons à élever et du moment où la progéniture sera éventuellement mise sur le marché. « Vous pouvez par exemple ne rien vendre pendant cinq ans et tout garder pour atteindre d’abord le succès. Lorsque le succès arrive, la demande pour les descendants augmente, et le prix aussi. »
D’autres investisseurs optent en revanche pour une approche plus commerciale. « On peut aussi acheter des pigeons déjà performants et populaires dont les descendants peuvent être mis sur le marché immédiatement. »
Marché de niche sans indice clair
À la différence des actions ou de l’immobilier, il n’existe pas d’indices boursiers ou de statistiques claires pour la colombophilie. La valeur des pigeons dépend fortement des performances, des lignées et de la réputation. « Il s’agit d’un marché de niche, explique M. Ariën. Certains colombophiles atteignent des résultats de vente de plusieurs millions d’euros par an, sans pour autant faire d’investissements excessifs. »
Le rendement provient généralement de deux sources : les prix de concours et la vente des descendants. « On commence par l’élevage, et les descendants peuvent voler lors de concours ou être vendus par l’entremise de courtiers et de maisons d’enchères. »
« On commence par l’élevage, et les descendants peuvent voler lors de concours ou être vendus par l’entremise de courtiers et de maisons de vente. Lorsqu’un pigeon ou une colonie remporte des succès internationaux, la demande pour cette lignée génétique peut grimper en flèche. De belles marges peuvent alors être dégagées par rapport à l’investissement initial. »
Rendements
Bien qu’il soit difficile de donner des chiffres exacts, M. Ariën estime que des rendements de 15 à 20 % par an sont réalistes pour les projets réussis. « Les rendements dépendent beaucoup des partenaires que vous choisissez. En même temps, c’est un marché avec de grandes disparités. Certains projets rapportent peu, tandis que d’autres rencontrent un succès international et génèrent des millions lors d’enchères. »
Pour les investisseurs professionnels, l’attrait ne réside pas seulement dans le rendement financier, selon M. Ariën. La colombophilie offre également une forme unique d’engagement. « C’est un investissement vraiment particulier. Vous pouvez participer activement à la réflexion, suivre les concours et vivre ensemble les succès ou les revers. »
La colombophilie revêt aussi une dimension internationale, puisque les grands concours et les One Loft Races sont organisés dans des pays du monde entier. « Vous pouvez participer à des concours à Dubaï, Pattaya, en Afrique du Sud, au Zimbabwe, au Portugal ou en Italie. Ce sont des événements impressionnants où investisseurs et colombophiles se rencontrent. »
Risques
Comme pour tout investissement alternatif, il existe également des risques. Contrairement à de nombreux autres actifs, il s’agit d’animaux vivants. « Les pigeons peuvent tomber malades, se perdre pendant les courses ou être volés », prévient M. Ariën.
En outre, des facteurs externes peuvent affecter le secteur. Les fluctuations économiques, les restrictions de transport ou les épidémies de maladies aviaires peuvent interrompre temporairement les concours. « Nous travaillons avec des animaux vivants et avec des personnes du monde entier. Des facteurs imprévus peuvent toujours entrer en jeu. »
Le choix des partenaires est crucial
Selon M. Ariën, le facteur de réussite le plus important est donc le choix des bons partenaires. « Il faut d’abord trouver le bon colombophile. Celui-ci trouvera à son tour les bons pigeons et, finalement, les bons courtiers et les bonnes enchères. Pour chaque étape, il faut avoir le bon partenaire. C’est vraiment la seule voie vers le succès. »
Comme pour d’autres actifs alternatifs – de l’art aux objets de collection – l’émotion joue également un rôle dans les courses de pigeons. La combinaison de la compétition, du commerce international et des lignées génétiques rend le secteur unique.
Pour M. Ariën lui-même, cela reste avant tout une passion. « Après 45 ans de colombophilie, j’en rêve encore, quand cela ne m’empêche pas de dormir. Et j’ai toujours le sentiment que l’on peut faire encore mieux. C’est ce qui rend ce sport si beau et si stimulant. »
Prochainement, le sixième volet : les NFT.