Le marché du pétrole commence à atteindre les limites de sa résilience. Tant que les perturbations dans le détroit d’Ormuz se poursuivront, le prix de l’or noir devra continuer à augmenter pour rétablir l’équilibre entre l’offre et la demande, affirme-t-on chez JPMorgan. Pour l’Europe, cela se traduit par une combinaison familière mais inconfortable : une croissance plus faible et une inflation en hausse.
« C’est un calcul simple », écrivent les analystes des matières premières de JPMorgan dans une note concise qui a largement circulé parmi les investisseurs ces derniers jours. La demande de pétrole ne réagit guère aux incitations par les prix à court terme. Les secteurs des transports et de l’industrie continuent de fonctionner normalement. Si l’offre diminue, les prix doivent augmenter pour freiner la consommation. Ce point n’a pas encore été atteint.
Mardi, le Brent s’est établi au-dessus de 110 dollars le baril, après avoir brièvement dépassé les 120 dollars le mois dernier. Selon JPMorgan, ce niveau est insuffisant. Si le détroit reste effectivement fermé, un niveau de 150 dollars le baril est envisageable.
Une réalité difficile
Pour l’économie européenne et ses entreprises cotées, il s’agit d’une réalité difficile qui n’a pas encore été suffisamment prise en compte dans les cours, déclare Mark Dowding, CIO chez BlueBay. Il suit de près l’impact économique du conflit entre les États-Unis et l’Iran.
« Tant que les perturbations de la chaîne d’approvisionnement persistent et que les dommages s’accumulent semaine après semaine, ce n’est qu’une question de temps avant que les marchés ne le reflètent, déclare-t-il. La récente reprise des marchés européens des actions et du crédit est en contradiction avec la réalité économique. »
Parallèlement, les mécanismes habituels d’amortissement du marché pétrolier fonctionnent moins bien. La majeure partie des capacités de réserve se trouve en Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis, mais cette marge de manœuvre est limitée. Parallèlement, les stocks diminuent rapidement. À l’échelle mondiale, près de 14 millions de barils par jour ont été retirés de l’offre. Rien qu’en avril, les stocks ont diminué de plus de 7 millions de barils par jour, et peut-être même davantage si l’on tient compte des stocks moins visibles.
Pourtant, le marché n’est pas encore en équilibre. Il subsiste un déficit d’environ 2 millions de barils par jour. Celui-ci ne peut être comblé que par une baisse de la demande. Jusqu’à présent, cette baisse a principalement concerné les marchés émergents, où la hausse des prix de l’énergie se répercute rapidement sur la consommation. Pour une réévaluation complète des prix, la demande dans les économies développées devra également diminuer, ce qui implique de nouvelles hausses de prix.
Le tampon disparaît du système
JPMorgan argues that the usual shock absorbers in the oil market are failing. Most of the world’s spare capacity sits in Saudi Arabia and the United Arab Emirates, both of which are constrained. At the same time, inventories are being depleted at a rapid pace. Global supply disruptions have reached close to 14 million barrels a day, while inventory draws in April alone exceeded 7 million barrels a day, with some estimates higher once less visible stockpiles are included.
Even so, the market is not yet balanced. A shortfall of roughly 2 million barrels a day remains, which can only be closed through lower demand. So far, the adjustment has been concentrated in emerging markets, where higher energy costs quickly feed through to consumption. For the market to fully rebalance, developed economies will also need to reduce demand, likely requiring higher prices still.
« Si le trafic dans le détroit restait à l’arrêt, nous perdrions environ 0,1 point de pourcentage de croissance européenne par semaine et l’inflation augmenterait de 0,1 point de pourcentage. »
Mark Dowding, Bluebay
Entre-temps, un important tampon disparaît du système. Les derniers pétroliers chargés dans le Golfe avant le conflit sont désormais arrivés en Asie. Désormais, les pénuries se manifesteront plus rapidement.
À Washington, on ne perçoit pas l’urgence de désamorcer rapidement la situation. L’Iran a proposé de rouvrir le détroit d’Ormuz en échange de la levée du blocus américain et d’un cessez-le-feu temporaire. Cette proposition fait fi du différend nucléaire et est donc considérée comme peu réaliste.
Même en cas de réouverture relativement rapide du détroit, les dommages économiques resteront considérables. M. Dowding prévoit que la croissance dans la zone euro restera inférieure à 0,5 %, tandis que l’inflation dépassera 3 %. « Si les perturbations persistent, le risque de récession augmentera encore », déclare-t-il.
« Si le trafic dans le détroit restait à l’arrêt, nous perdrions environ 0,1 point de pourcentage de croissance européenne par semaine et l’inflation augmenterait de 0,1 point de pourcentage », explique-t-il.
Les contours de la stagflation
Les premières failles apparaissent déjà dans les données. En Allemagne, l’indice Ifo, un indicateur clé de la confiance des chefs d’entreprise, a chuté en avril à 84,4, son niveau le plus bas depuis la pandémie. Selon Carsten Brzeski, responsable macroéconomie chez ING Research, le choc passe d’une simple hausse des prix de l’énergie à des perturbations plus larges de l’offre et de la logistique, avec un impact direct sur l’industrie et la confiance.
Chris Turner, responsable des marchés chez ING, entrevoit les contours d’un environnement stagflationniste. Cela complique la politique de la Banque centrale européenne, alors que la croissance ralentit et que les anticipations inflationnistes restent obstinément élevées. La BCE a provisoirement suspendu les hausses de taux d’intérêt, mais elle laisse expressément la porte ouverte à un nouveau resserrement. Jeudi, la BCE prendra une nouvelle décision concernant les taux d’intérêt.