Alors que les dirigeants du monde, les chefs d’entreprise et les investisseurs se rendent à Davos, pour les marchés, tout tourne autour d’une seule question : quels sont les délais de prise en compte du risque politique dans les cours ? Le retour de Donald Trump au Forum économique mondial, où il s’exprimera mercredi, coïncide avec un moment où la crédibilité institutionnelle et la discipline budgétaire ne sont plus des questions abstraites, mais des facteurs d’investissement bien concrets.
La dernière fois que Donald Trump s’est rendu en personne à Davos, en janvier 2020, le monde était à la veille de la pandémie. Cette crise a révélé la fragilité de l’économie mondiale. Son retour en 2026 se fait dans un contexte différent, mais dans un monde tout aussi troublé. Le président américain s’impose comme l’acteur dominant de la politique internationale. Il mène sa politique sur une base transactionnelle et déploie explicitement la puissance économique comme moyen de pression.
Pour les investisseurs, ce phénomène va au-delà des gros titres quotidiens. Ce qui est particulièrement frappant à l’approche de Davos, ce n’est pas l’ampleur de l’agitation politique, mais le peu de réactions des marchés jusqu’à présent. Ce calme commence à inquiéter certains grands investisseurs.
Mauvaise évaluation du risque politique ?
« Les marchés financiers sont restés remarquablement calmes malgré une série d’initiatives de l’administration Trump », indique Paul Jackson, Global head of asset allocation research chez Invesco. Il pense que la hausse de l’or et de l’argent ne sont pas une coïncidence. « Si cette réaction se vérifie, il est probable qu’un mouvement plus large suivra : des taux plus élevés sur les titres du Trésor américain, un dollar plus faible, des cours boursiers en baisse et une volatilité accrue. » Paul Jackson affirme essentiellement que le risque politique est sous-estimé. Selon lui, lorsque la correction des cours interviendra, elle sera rapide et généralisée.
Cette préoccupation se retrouve également sur les marchés des actions. « La concentration des actifs financiers mondiaux aux États-Unis, bien qu’induite par le marché, peut être considérée comme une forme de défaillance du marché qui appelle une réponse politique », explique Michael Krautzberger, CIO Public markets chez Allianz Global Investors. Selon lui, l’Europe n’est pas confrontée à une pénurie d’épargne, mais à la fragmentation des marchés financiers et bancaires. Il est donc difficile de répartir les risques, d’accroître les investissements et d’offrir des alternatives crédibles aux actifs américains.
L’Europe arrive à Davos avec un problème que les marchés ne considèrent plus comme théorique. La relation transatlantique est passée de la coopération à l’incertitude. La politique américaine est devenue plus erratique et moins soumise aux accords multilatéraux. L’Europe, quant à elle, reste politiquement divisée et prudente sur le plan budgétaire. Il manque une stratégie claire face à un président américain qui minimise l’importance de la politique climatique, fait pression sur la Réserve fédérale et utilise la sécurité comme monnaie d’échange.
De la diplomatie à l’équilibre
Pendant des années, les décideurs européens ont considéré Donald Trump comme une perturbation qui pourrait être gérée avec le temps et la concertation. Cette vision est dépassée. Les discussions en vue de Davos sont devenues plus lucides. Qui financera l’autonomie stratégique ? Comment de temps faut-il pour libérer des capitaux pour la défense et la sécurité énergétique ? Et quel niveau d’incertitude les marchés sont-ils encore prêts à accepter ?
Cette évolution est évidente dans le Global Risks Report 2026 du Forum économique mondial. Pour la première fois, la confrontation géoéconomique est perçue comme le principal risque à court terme. Le commerce, les restrictions en matière d’investissement et l’accès aux matières premières sont devenus des instruments de pouvoir. Cela a des conséquences directes sur les chaînes d’approvisionnement, les flux de capitaux et les valorisations.
Dans le même temps, le rapport met en garde contre un déséquilibre dans la définition des priorités. Les risques structurels tels que le changement climatique, la perte de biodiversité et la réglementation de l’intelligence artificielle sont relégués à l’arrière-plan. Cela accroît le risque d’erreurs politiques à long terme.
Le risque institutionnel est central
Cette tension est évidente sur les marchés obligataires. Les dépenses de défense augmentent. La politique industrielle se développe. Le populisme exerce une pression sur les budgets. Dans le même temps, la pression politique sur les banques centrales s’accroît.
« Les budgets de défense records, les politiques industrielles expansionnistes et le populisme forcent les grandes économies à enregistrer des déficits historiquement élevés », déclare Guillermo Felices, Global investment strategist chez PGIM Fixed Income. « Si à cela s’ajoutent des pressions pour abaisser les taux d’intérêt, cela pourrait nuire à la crédibilité des banques centrales. Les primes à terme joueront alors un rôle plus important en matière de taux longs. »
Selon M. Felices, les États-Unis ne sont pas les seuls concernés. Une pression soutenue sur la Réserve fédérale pourrait entraîner une surchauffe et une hausse des taux d’intérêt, avec des répercussions sur les marchés européens. Des erreurs de calcul géopolitiques peuvent également contraindre l’Europe à augmenter ses dépenses de défense, ce qui ferait grimper encore plus les taux d’intérêt.
Ce qui est particulièrement inquiétant pour les investisseurs à long terme, c’est que les tensions institutionnelles deviennent structurelles. M. Felices souligne que les récentes mesures prises par le ministère américain de la Justice à l’égard de la Réserve fédérale sont des signes du déclin des institutions. Cela pourrait entraîner une hausse des primes de risque, un affaiblissement du dollar et une pente plus marquée de la courbe des taux.
Davos est un révélateur, pas une solution
Davos ne résoudra pas ces problèmes. Le forum sert avant tout à prendre la mesure. Les investisseurs sont attentifs à la cohérence des politiques, au réalisme budgétaire et à la viabilité des institutions. Les propos de Donald Trump sont également suivis de près, pour y déceler non pas des visions, mais des signes d’escalade ou de pression sur la Réserve fédérale.
Le prochain test arrive bientôt. En février se tiendra la conférence de Munich sur la sécurité. Davos et Munich représentent cette année une période où le risque politique ne sera pas seulement discuté, mais peut-être aussi réévalué.