De plus en plus d’investisseurs jettent leur dévolu sur des actifs alternatifs auxquels ils sont attachés émotionnellement. Investment Officer énumère quelques investissements passion. Aujourd’hui, sixième volet : les NFT, un marché qui a explosé il y a quelques années mais qui s’est considérablement refroidi depuis.
Ce qui a commencé comme un engouement pour les objets de collection numériques, alimenté par des influenceurs et des artistes, est aujourd’hui perçu par Tim Broekmans, fondateur de Tradepremium.be, avant tout comme une phase de transition dans un narratif plus vaste. « Les NFT étaient en fait le cas d’école parfait pour mesurer l’intérêt des particuliers, mais aussi des artistes et des créateurs. La véritable évolution structurelle réside aujourd’hui dans la tokenisation. »
M. Broekmans a débuté dans la crypto en 2015 et a développé sa plateforme d’analyse pour se spécialiser dans les actifs numériques, les actions et les matières premières, avec la crypto comme expertise centrale.
69 millions de dollars
Selon M. Broekmans, le pic de la bulle des NFT remonte à janvier 2022. « La place de marché OpenSea affichait alors des volumes mensuels de 5 milliards de dollars. C’était absurde. » Le marché était animé par de grands noms du monde de l’art et du spectacle. Une référence célèbre est la vente d’une œuvre de Beeple, aux enchères pour 69 millions de dollars en 2021. M. Broekmans explique, « à ce moment-là, d’autres artistes et créateurs commencent naturellement à se dire que cela pouvait leur rapporter beaucoup d’argent. »
À l’époque, un NFT n’était par essence rien de plus qu’un titre de propriété numérique sur la blockchain, programmé via un contrat intelligent sur Ethereum. L’attrait résidait dans la rareté. Selon M. Broekmans, « on créait par exemple cinq cents objets de collection uniques, une rareté programmée sur la blockchain. »
Cela explique, selon l’expert, pourquoi certains NFT valaient des millions. Non pas parce qu’ils présentaient un flux de trésorerie classique ou une valeur intrinsèque, mais parce que la demande, la rareté et l’engouement ont convergé sur un nouveau marché. « Le cas d’école parfait. »
La chute
Le repli a commencé dès que le marché plus large de la crypto est entré dans une phase de correction. Le marché des NFT a été touché de deux manières. D’une part, l’intérêt des acheteurs s’est tari. D’autre part, l’Ethereum, le réseau sur lequel reposent la plupart des NFT, a également fortement perdu de sa valeur. M. Broekmans souligne que « si plus personne ne veut payer le prix demandé par le vendeur, ce dernier ne parvient tout simplement plus à vendre. »
L’ampleur du repli est illustrée par l’évolution de projets célèbres tels que le Bored Ape Yacht Club. Alors que le prix plancher d’un tel NFT était encore supérieur à 400 000 dollars en 2022, il se situe aujourd’hui entre 30 000 et 50 000 dollars.
Ce cycle a été aggravé par des chocs de confiance dans l’univers crypto, tels que l’implosion de Terra Luna et la chute de FTX. Des ruptures de confiance difficiles à réparer, selon M. Broekmans. En ce sens, il ne considère pas le marché des NFT comme une histoire ancienne, mais plutôt comme un marché dont l’attention s’est fortement déplacée vers les actifs du monde réel, ou RWA (Real World Assets).
Numérisation des échanges
Selon M. Broekmans, la valeur structurelle réside dans la tokenisation : le fait de rendre des actifs existants négociables numériquement via la technologie blockchain. « De l’or et de l’immobilier aux actions, en passant par les obligations d’État et le crédit privé, la technologie permet de diviser les actifs en fractions plus petites, de les rendre négociables à l’échelle mondiale et de réduire les coûts de transaction. »
Il donne l’exemple d’une action onéreuse qui est aujourd’hui difficilement accessible pour de nombreux investisseurs particuliers. « Grâce à la tokenisation, vous pouvez acheter une fraction de cette action. Vous pourriez par exemple acheter une partie d’un immeuble plutôt que l’immeuble entier, et l’enregistrer sur la blockchain, de manière transparente et consultable en permanence. »
Selon M. Broekmans, cela offre plusieurs avantages aux investisseurs professionnels : la possibilité d’une propriété fractionnée, un marché qui peut en principe être ouvert 24 heures sur 24 et une nouvelle couche d’analyse de données. « Via les données on-chain, vous pouvez voir si les détenteurs à long terme vendent ou non, car tout cela est transparent. Cela ouvrirait un nouveau monde sur le marché boursier. »
Blackrock, Nasdaq, BNP Paribas AM
C’est précisément là que réside, selon lui, l’intérêt des grands acteurs tels que BlackRock et le Nasdaq. « Le Nasdaq collabore par exemple avec la Bourse crypto Kraken sur une infrastructure pour les actions tokenisées et les ETF via la plateforme xStocks. Il ne s’agit pas de versions blockchain qui suivent le cours d’une action ; les actions elles-mêmes sont on-chain. Dans cette structure, elles restent juridiquement identiques : mêmes identifiants, mêmes droits pour les actionnaires et même règlement. Seule l’infrastructure sur laquelle ces actifs circulent change. Une couche blockchain vient se substituer aux infrastructures financières classiques. Si cela est approuvé par la SEC, un lancement potentiel pourrait avoir lieu autour de 2027. »
Pour les gestionnaires d’actifs de plus petite taille, l’approche pratique ne réside pas encore, selon lui, dans l’investissement direct dans des actifs tokenisés, mais plutôt dans l’infrastructure environnante. Il évoque les stablecoins et les entreprises qui participent à la construction de l’infrastructure de ce nouveau système. « Circle est à mon sens l’une des plus intéressantes », dit-il, faisant référence à l’émetteur de l’USDC, l’un des plus importants stablecoins au monde.
Les banques, quant à elles, expérimentent la même technologie, selon M. Broekmans. « Début 2026, BNP Paribas Asset Management a par exemple lancé sur Ethereum une classe d’actions tokenisées d’un fonds monétaire français. L’émission, la conservation et le règlement sont entièrement gérés en interne au sein du groupe BNP. Officiellement, il s’agit d’une expérience, mais cela ressemble plutôt à un modèle pour ce qui pourrait se produire plus tard à plus grande échelle. »
Un marché de plusieurs centaines de milliards
Le marché est entre-temps plus important que ce que beaucoup d’investisseurs réalisent. Sur la base des données avec lesquelles M. Broekmans travaille, la valeur représentée par les actifs tokenisés s’élève aujourd’hui à environ 336 milliards de dollars. Cela comprend notamment un marché des stablecoins de 301 milliards de dollars. À elles seules, les obligations d’État américaines tokenisées représentent environ 11 milliards de dollars.
Selon M. Broekmans, les États-Unis sont clairement en tête pour l’instant. « En Europe, nous parlons pour le moment plutôt de projets de dizaines de millions. La différence est toutefois que l’Europe, avec le réglement MiCA (Markets in Crypto-Assets Regulation), construit d’emblée un cadre réglementaire pour 27 États membres simultanément. Cela pourrait devenir un avantage par la suite. »
D’ici cinq ans, M. Broekmans s’attend à ce que les obligations d’État et les titres de créance connaissent une forte vague de tokenisation. « Je pense que notre système d’endettement et les obligations d’État vont être entièrement tokenisés. C’est en fin de compte le plus grand marché qui existe. » Dans sa vision, la tokenisation ne concerne donc pas seulement une nouvelle catégorie d’actifs, mais un changement plus large dans le fonctionnement de l’argent et des marchés. « Cela s’inscrira dans le cadre d’un système monétaire renouvelé. »Da
Prochainement, le septième volet de la série d’Investment Officer dédiée aux investissements passion : les bijoux sur les sites belges. Les dernières tendances en matière d’investissements alternatifs seront abordées lors de l’événement KapitaalKracht 2026 organisé par Marktvizier le 28 mars au Crowne Plaza d’Anvers.