De plus en plus d’investisseurs s’intéressent à d’autres produits que les actions et des obligations et investissent dans des actifs alternatifs auxquels ils sont également attachés émotionnellement. Investment Officer énumère quelques investissements passion. Aujourd’hui, huitième volet : les voitures de collection.
Des Ferrari emblématiques aux youngtimers des années 1990 : sur le marché des voitures anciennes et autres voitures de collection, la nostalgie, la rareté et la rentabilité se conjuguent. Ce marché se professionnalise progressivement, confirme Maarten Van Doorslaer, CEO de la société belge Rubey. Son entreprise rend les investisseurs copropriétaires de voitures de collection via la blockchain.
Achat sélectif
« Le marché des voitures de collection a évolué ces dernières années, passant d’une hausse générale à ce que l’on peut appeler un marché haussier analytique. Tout ne progresse plus, mais les voitures recherchées prennent de la valeur et souvent de manière très marquée. » Les voitures de collection d’exception – les blue chips – continuent de battre des records. « On a pu voir, par exemple, une Mercedes 300 SL se vendre à plus de 4 millions d’euros. Il s’agit de pièces exceptionnelles qui sont recherchées dans le monde entier. »

Parallèlement, le profil des acheteurs évolue également. Selon M. Van Doorslaer, « une nouvelle génération de collectionneurs, souvent âgés de 40 à 50 ans, arrive sur le marché. Ils achètent les voitures dont ils ont toujours rêvé. On peut citer les supercars analogiques ou encore les youngtimers des années 1980 et 1990. » Selon lui, cela crée une rareté structurelle. « Ces voitures n’ont jamais été produites en série, et le nombre de bons exemplaires ne cesse de diminuer. »
Cette évolution rend également les rendements de plus en plus dépendants de la sélection. « Le marché est devenu beaucoup moins homogène. Alors qu’autrefois presque tout prenait de la valeur, il faut bien regarder ce que l’on achète aujourd’hui. ».
Plus que du métal
Qu’est-ce qui fait d’une voiture de collection un bon investissement ? Selon M. Van Doorslaer, cela ne se limite pas à la valeur matérielle. « Vous investissez en fait dans une propriété intellectuelle tangible. La valeur réside dans l’histoire, la technologie et la place d’une voiture dans l’histoire. L’offre de voitures emblématiques est par définition limitée, et souvent même réduite en raison d’accidents ou d’une mauvaise conservation. Dans le même temps, la demande augmente dans le monde entier, en partie en raison du nombre croissant de personnes fortunées. »
Un élément qui devient de plus en plus important est la visibilité et la réputation. « Les voitures exposées au public acquièrent un certain statut. Cela a un impact évident sur la valeur. » En conséquence, le marché passe en partie de la propriété pure à l’expérience. « L’histoire autour d’une voiture devient plus importante. On observe le même phénomène avec d’autres objets de collection. »
Propriété fractionnée
Historiquement, le marché des voitures de collection a été difficile d’accès pour les investisseurs professionnels. « C’est un marché opaque, explique M. Van Doorslaer. Les informations concernant l’état d’une voiture sont souvent fragmentaires, et les frais de transaction dans les maisons de vente aux enchères peuvent atteindre 25 % ». À cela s’ajoutent des difficultés opérationnelles. « Pensez à l’entreposage, à l’entretien et aux vérifications légales concernant la provenance. Il est donc difficile pour les grands investisseurs d’inclure systématiquement ces véhicules dans un portefeuille. »
De nouvelles structures tentent d’abaisser ces barrières, notamment grâce à la propriété fractionnée et à la numérisation. « La technologie est utilisée pour rendre le marché plus transparent et plus accessible. » Par exemple, certaines plateformes comme Rubey utilisent la tokenisation, où une voiture est divisée en parts numériques. Les investisseurs achètent alors une fraction de la voiture plutôt que l’ensemble.
« Cela permet de mieux intégrer cette classe d’actifs dans un contexte professionnel. Vous réduisez la complexité, permettez des transactions plus petites et pouvez également résoudre partiellement le problème de liquidité, car les actions deviennent échangeables entre elles. »
Rendement et risque
À long terme, les voitures classiques offrent un rendement remarquable. « Des études telles que le Knight Frank Wealth Report donnent des rendements annualisés compris entre 8 et 12 % sur 10 ans, explique M. Van Doorslaer. Sur certaines périodes, les voitures classiques sont même plus performantes que l’or ou l’immobilier. »
Le profil de risque diffère des investissements traditionnels. « La volatilité à la baisse est souvent plus limitée. Une voiture rare ne perdra pas soudainement de sa valeur, car il existe toujours une valeur intrinsèque et de collection ». Cependant, la sélectivité reste cruciale. « Les voitures médiocres sont pénalisées, les pièces d’exception sont récompensées. »
Outre le rendement financier, un facteur moins tangible entre également en ligne de compte. « Il y a également un aspect émotionnel et social. Vous investissez dans un patrimoine qui sera préservé. »
Position dans le portefeuille
Pour les investisseurs professionnels, cette classe d’actifs s’inscrit principalement dans le segment alternatif. « La corrélation avec les actions est très faible, souvent de l’ordre de 0,1, précise M. Van Doorslaer. Cela en fait une diversification intéressante. »
Pour les patrimoines plus importants, il observe une tendance claire. « Les family offices consacrent souvent 10 à 15 % de leur portefeuille à des actifs alternatifs tangibles. C’est une façon de protéger le pouvoir d’achat à long terme. » Les voitures de collection s’inscrivent dans cette logique en tant qu’actif passion. « Elles associent des aspects financiers à une composante émotionnelle. Cela les rend fondamentalement différentes des investissements traditionnels. »
Légende
Comme pour tout investissement alternatif, il existe également des risques. « La liquidité reste un sujet de préoccupation, déclare M. Van Doorslaer. Vendre une voiture peut prendre du temps. » De plus, il existe un risque d’erreurs concernant son authenticité ou son entretien. « Le marché sanctionne impitoyablement les voitures dont l’historique est médiocre ou qui sont en mauvais état. » Les coûts jouent également un rôle. « Le stockage, l’entretien et l’assurance font baisser le rendement net. » Selon M. Van Doorslaer, ce marché requiert donc une expertise.
La leçon la plus importante pour les investisseurs ? « Acheter bon marché revient souvent cher à long terme. Le coût de remise en état d’une voiture médiocre dépasse souvent sa valeur marchande. Buy the best, forget the rest. » Mais cela ne s’arrête pas là. « Ne cherchez pas seulement la perfection technique, mais tenez également compte de l’historique. Les voitures qui ont une histoire ou une image publique forte acquièrent un statut unique. » Telle est, selon lui, l’essence de ce marché. « N’investissez pas seulement dans une machine, investissez dans une légende. »
Bientôt le neuvième volet, consacré aux guitares. Les nouvelles tendances de l’investissement alternatif 9: gitaren. Les dernières tendances en matière d’investissements alternatifs seront abordées lors de l’événement KapitaalKracht 2026 organisé par Marktvizier le 28 mars au Crowne Plaza d’Anvers. Rubey figure parmi les intervenants.