De plus en plus d’investisseurs s’intéressent à d’autres produits que les actions et des obligations et investissent dans des actifs alternatifs auxquels ils sont également attachés émotionnellement. Investment Officer énumère quelques investissements passion. Aujourd’hui, neuvième volet : les guitares vintage, un marché de niche qui conjugue histoire de la musique, amour de l’instrument et rareté et rentabilité.
Une vente aux enchères organisée par Christie’s à New York a récemment démontré la vigueur du marché des guitares vintage. La « Black Strat » de David Gilmour, utilisée sur plusieurs albums de Pink Floyd, y a été adjugée pour 14,6 millions de dollars. À titre de comparaison : la même guitare a changé de mains en 2019 pour environ 4 millions de dollars.
Selon David Amselem, propriétaire de Brussels Vintage Guitars, ce n’est pas un hasard. « Le marché des guitares vintage a toujours affiché des performances remarquables. Si l’on considère les 500 instruments les plus recherchés par les collectionneurs, on constate une augmentation d’environ 450 % depuis 1991. »
Marché sélectif
Ces chiffres doivent être nuancés. Toutes les vieilles guitares ne constituent pas automatiquement un bon investissement. « C’est comme les voitures ou les montres, confirle M. Amselem. Les grandes marques dominent le marché. Pour les guitares, on parle des big five : Fender, Gibson, Martin, Gretsch et Rickenbacker. C’est là que se situe l’essentiel de la création de valeur. »
Le marché a connu une légère baisse de 3 à 5 % d’ici 2025, mais M. Amselem attribue cette dernière au contexte économique général. « Cela n’a rien à voir avec les instruments eux-mêmes. Les guerres, les tensions géopolitiques, les mesures commerciales… ont affecté l’ensemble du marché ».
La demande de guitares haut de gamme se heurte à une offre structurellement limitée. « On ne peut plus fabriquer ces instruments aujourd’hui. Pourtant, l’intérêt reste élevé, tant chez les collectionneurs que chez les musiciens. » La valeur est déterminée par une combinaison de facteurs. L’ancienneté seule ne suffit pas. « En théorie, on parle de vintage à partir de vingt ans, mais en pratique, c’est différent. Les instruments les plus recherchés sont ceux qui datent d’avant 1970. »
Ce qui est plus important, c’est leur état et leur originalité. « Une guitare peut avoir été utilisée, ce n’est pas un problème. Mais les restaurations, telles que la peinture, peuvent réduire la valeur de 30 à 40 %, explique M. Amselem. Une player condition présentant des signes d’utilisation est tout à fait acceptable, à condition que tout soit d’origine. »
En outre, la marque, la rareté et le contexte historique jouent un rôle. « Nous savons parfaitement combien d’exemplaires de certains modèles ont été produits. La rareté est donc mesurable. Et si un instrument peut être associé à un musicien célèbre, sa valeur augmente considérablement. »
Il donne un exemple (voir photo). « Une Gibson Les Paul Special de 1959 peut valoir environ 14 000 euros. Mais si la guitare a appartenu à un artiste connu, comme John Entwistle des Who, elle vaudra automatiquement beaucoup plus. Et si vous pouvez prouver que l’instrument a effectivement été utilisé sur un album emblématique, le prix peut augmenter de façon exponentielle. »

Les rendements en chiffres
Bien que le marché soit fortement dépendant des pièces individuelles, des tendances claires se dégagent à long terme. Quelques exemples partagés par M. Amselem illustrent cela :
- Fender Broadcaster (1950) : de 70 000 euros en 2008 à 140 000 euros en 2024
- Fender Stratocaster (1965) : de 9000 euros en 2008 à 19 000 euros en 2024
- Gibson Les Paul Special (1959) : de 4500 euros en 2008 à 14 000 euros en 2024
« Il s’agit d’évolutions typiques pour des modèles établis. À moyen terme (cinq ans environ), vous avez toutes les chances d’obtenir un rendement si vous achetez au juste prix du marché et si vous choisissez les bonnes marques. Les gains à court terme sont moins prévisibles. Sur six mois, la demande peut fluctuer. Mais sur cinq ans, c’est un marché stable pour des instruments de qualité. »
Comment les investisseurs entrent en jeu
Les investisseurs professionnels se positionnent généralement de trois façons différentes sur ce marché : les maisons de vente aux enchères, les marchands spécialisés ou les collections privées. « Ils s’appuient fortement sur l’expertise, explique M. Amselem. L’authentification est cruciale. Vous devez être certain de la provenance, des pièces d’origine et de l’historique. »
Ces informations sont souvent accessibles au public. « Il existe des bases de données de prix, des archives de ventes aux enchères et des guides officiels. Mais dans la pratique, il reste important de travailler avec des spécialistes. Ce marché présente de fortes similitudes avec d’autres marchés de collectionneurs. Les guitares vintage, les voitures de collection et les montres sont étroitement liées. Il s’agit toujours d’objets qui ont une histoire, une édition limitée et une valeur émotionnelle. »
L’émotion comme moteur
Cette composante émotionnelle joue un rôle plus important que dans les investissements traditionnels. « Presque tous mes clients choisissent un instrument lié à la musique qu’ils aiment écouter eux-mêmes », explique M. Amselem. « Les fans de Jimi Hendrix choisissent souvent une Stratocaster. Ce n’est pas seulement une question de rendement. Vous n’investissez pas seulement dans un instrument, mais dans un morceau d’histoire de la musique. »
Les guitares vintage constituent donc un investissement passionnel typique. « Vous n’achetez pas quelque chose que vous suivez quotidiennement, comme une action ou une cryptomonnaie. Il s’agit d’un investissement à long terme, avec une valeur ajoutée émotionnelle. »
Risques et points de vigilance
Pourtant, les risques sont évidents. La liquidité est l’un des éléments les plus importants. « On ne peut pas toujours vendre une guitare immédiatement. Parfois ça va vite, parfois ça prend des mois. L’authenticité reste également un sujet de préoccupation. Il arrive que des pièces soient remplacées sans que cela ne soit mentionné. Il est donc essentiel d’acheter par l’intermédiaire de personnes de confiance ou de faire appel à un expert. »
En outre, il y a des coûts pratiques. « L’assurance est importante et, dans les transactions internationales, vous devez tenir compte des droits de douane à l’importation et de la TVA, qui peuvent représenter jusqu’à 30 % du prix d’achat si l’on ne fait pas attention. Pour les investisseurs européens, il est donc souvent plus intéressant de réaliser des transactions au sein de l’Europe. »
Long terme et qualité
La leçon la plus importante pour les investisseurs, selon M. Amselem, est simple. « Privilégiez la qualité et l’authenticité. Commencez par les grandes marques et achetez la meilleure pièce que vous puissiez vous offrir. Les opportunités bon marché sont souvent trompeuses. La revalorisation d’une guitare médiocre coûte généralement plus cher que cela peut rapporter. »
« Et surtout, soyez patient. Ce n’est pas un marché où l’on réalise des gains rapides. Mais ceux qui pensent à long terme et font les bons choix ont de très bonnes chances d’obtenir un rendement positif », conclut-il.
La série sur les investissements passion d’Investment Officer Belgique prend fin vendredi. Les dernières tendances en matière d’investissements alternatifs seront abordées lors de l’événement KapitaalKracht 2026 organisé par Marktvizier le 28 mars au Crowne Plaza d’Anvers.